« Frapper vite et frapper fort ». C’était la stratégie annoncée par la Nouvelle-Zélande dès le début de la pandémie de coronavirus. Six mois plus tard, le pari peut être considéré comme relevé. Grâce à une réaction précoce et particulièrement dirigiste, l’épidémie a pu être contenue, malgré un rebond au mois d’août.

Depuis le début de la pandémie, la Nouvelle-Zélande comptabilise 1 690 contaminations au coronavirus et 22 décès. Ces six derniers mois, l’archipel a fait preuve d’une grande réactivité dans sa réponse à la crise. À l’international, la gestion néo-zélandaise de l’épidémie semble être devenue un modèle. Elle fait le consensus dans les colonnes de la presse étrangère et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’a qualifié d’exemplaire.

Bilans comparés de l’épidémie de coronavirus en Nouvelle-Zélande et en France

Mais comment le pays a-t-il répondu exactement à l’arrivée du nouveau coronavirus sur son territoire ? Comment a-t-il su garder le contrôle de la transmission épidémique ? Et pourquoi est-il autant salué à l’international ? Un autre angle fait le point sur la chronologie de l’épidémie en Nouvelle-Zélande.

Mars-avril : des mesures rapides et efficaces lors de l’apparition de la COVID-19

Comme dans de nombreux pays, c’est en mars que le coronavirus fait son apparition en Nouvelle-Zélande. Le premier cas détecté est une personne d’une soixantaine d’années, revenue d’Iran via Bali. Alors que cette dernière est rapidement hospitalisée, le gouvernement se prépare déjà à une éventuelle propagation de l’épidémie sur l’archipel.

Dès le 15 mars, les premières mesures de lutte contre le coronavirus sont prises. Alors que le pays compte seulement six cas avérés, une quatorzaine devient obligatoire aux frontières de la Nouvelle-Zélande, pour tout voyageur revenant de l’étranger.

Quelques jours plus tard, le 19 mars, les frontières ferment entièrement. Seuls les citoyens néo-zélandais et leurs familles sont autorisés à entrer sur le territoire. À cette date, le pays compte 22 cas de coronavirus.

Le 23 mars, un confinement généralisé est mis en place, pour quatre semaines dans un premier temps. La mesure est ensuite prolongée de trois semaines, menant l’arrêt de l’activité en Nouvelle-Zélande à une durée de sept semaines. La population a l’obligation de rester à son domicile et les commerces non essentiels ferment leurs portes.

Très vite, la population manifeste ses inquiétudes sur le plan économique. La Nouvelle-Zélande tire en effet ses revenus principaux du tourisme, secteur particulièrement touché depuis mars dernier. De plus, 97% de ses entreprises néo-zélandaises comptent moins de 20 salariés, un tissu économique particulièrement fragile et sensible à un arrêt brutal de l’activité. Au premier trimestre 2020, ces inquiétudes se sont confirmées : le PIB néo-zélandais a ainsi connu la plus forte contraction de son histoire, avec un recul d’1,6%.

Le gouvernement a donc mobilisé des moyens considérables pour tenter de limiter les effets économiques de la crise. Dès le mois de mars, un plan de relance de 12,1 milliards de dollars néo-zélandais (6,5 milliards d’euros) a été annoncé par le gouvernement. L’ensemble de ces fonds permettront de financer des subventions de salaires et des réductions d’impôts, des aides à l’attention directe des néo-zélandais.

Mai-août : le retour à la normale

C’est fin avril que la Nouvelle-Zélande a décidé d’amorcer son déconfinement, avec prudence toutefois. Le niveau d’alerte était alors redescendu de 4 à 3. Cette mesure avait permis à certaines écoles et entreprises considérées comme sûres de rouvrir leurs portes. Certaines restrictions de déplacements avaient été levées et les néo-zélandais pouvaient de nouveau se réunir à plus de dix.

Courbe épidémique indiquant le nombre de cas détectés chaque jour en Nouvelle-Zélande entre février et mai

Grâce à un déconfinement lent, les nouveaux cas se sont faits de plus en plus rares. Pendant plus de 100 jours entre début mai et début août, aucun cas de contamination locale n’est détecté. Les seuls cas enregistrés, au nombre de 23, sont des citoyens néo-zélandais en provenance de l’étranger. Ils sont immédiatement placés en quatorzaine à leur arrivée sur le territoire.

Grâce à cette disparition temporaire du virus, les néo-zélandais reprennent progressivement une vie normale. Le 25 mai, les rassemblements de 100 personnes sont de nouveau autorisés. Le niveau d’alerte sanitaire est abaissé à 2, puis à 1 le 22 juin. Ces mesures ont permis à l’activité économique de reprendre de façon soutenue pendant ces quelques mois.

Toutefois, selon le directeur général de la santé Ashley Bloomfield, « atteindre les 100 jours sans transmission dans la population est une étape importante, cependant, comme nous le savons tous, nous ne pouvons pas nous permettre la moindre négligence ». Un constat prémonitoire au regard de la suite de l’épidémie en Nouvelle-Zélande.

Août : la deuxième vague néo-zélandaise

Après 102 jours sans contamination locale, quatre cas sont de nouveau détectés sur le territoire début août. Il s’agit d’une famille de retour du Royaume-Uni, pourtant placée en quatorzaine à leur arrivée en Nouvelle-Zélande.

Cette faille dans le système de quarantaine fait craindre au gouvernement une relance des chaînes de contamination locale. Dès le mardi 11 août, la Première ministre Jacinda Ardern annonce le reconfinement de la capitale Auckland. Initialement instaurée pour trois jours, cette mesure a été reconduite jusqu’au 26 août. L’objectif : éviter un reconfinement national, particulièrement dommageable pour l’économie et le moral de la population.

Face à cette reprise épidémique, le gouvernement adopte la même stratégie qu’au printemps dernier : isolement des cas positifs, traçage des contacts et tests massifs.

Dans la foulée du reconfinement d’Auckland, 50 000 tests sont en effet effectués sur tout l’archipel. À ce jour, la Nouvelle-Zélande compte 58 cas confirmés et actifs, dont cinq personnes hospitalisées.

Ces chiffres semblent donc indiquer une reprise épidémique significative à l’échelle d’un archipel. Toutefois, le directeur général de la Santé Ashley Bloomfield rassure : « [les cas confirmés] se trouvent tous à Auckland et sont tous liés aux quatre personnes que nous avons signalées comme cas confirmés ».

L’évolution récente de l’épidémie a conduit la Première ministre Jacinda Ardern à reporter les élections législatives, initialement prévues le 19 septembre. À la demande des autres formations politiques présentes au Parlement, le scrutin aura finalement lieu le 17 octobre. Selon Jacinda Ardern, « cette décision donne à tous les partis le temps de faire campagne au cours des neuf prochaines semaines et donne à la commission électorale assez de temps pour assurer qu’une élection peut se tenir ». La chef du gouvernement a également assuré qu’il n’y aurait pas de second report des élections.

Jacinda Ardern, le symbole trop présent de la lutte contre le coronavirus en Nouvelle-Zélande ?

Au-delà de ses propres frontières, la Nouvelle-Zélande est souvent présentée en modèle de la gestion du coronavirus. La réponse du gouvernement a été caractérisée par une anticipation unique, des mesures particulièrement dirigistes et une information entièrement transparente vis-à-vis de la population. Une recette qui a fait ses preuves, au regard des chiffres de contamination sur l’ensemble de l’archipel.

L’exemplarité du gouvernement pendant la crise a également été saluée. Le 15 avril, la Première ministre Jacinda Ardern a par exemple annoncé qu’elle et ses ministres baisseraient leurs salaires de 20% sur les six prochains mois, en signe de solidarité avec leurs compatriotes. Loin de la crédulité sur l’effet économique d’une telle mesure, Jacinda Ardern avait alors déclaré : « Nous partageons pleinement la lutte à laquelle de nombreux Néo-Zélandais sont confrontés, tout comme les personnes avec lesquelles je travaille quotidiennement. Et même si cela ne bouleversera pas la situation générale des finances, il s’agit ici de leadership et je remercie mes collègues, tant au sein de l’exécutif que dans la fonction publique, pour la décision qui a été prise aujourd’hui ».

Au-delà de ce geste symbolique envers la population, Jacinda Ardern est également admirée pour sa communication simple et proche de ses concitoyens. Le premier soir du confinement en mars, Jacinda Ardern avait notamment organisé un Facebook Live, en survêtement depuis son canapé. Elle avait alors répondu avec pédagogie et empathie aux questions des internautes. Une opération de communication qui avait séduit les néo-zélandais.

Ce type de mesures et sa gestion de la crise a permis à Jacinda Ardern (ainsi qu’à sa formation politique, le parti travailliste) de gagner en popularité. 84% des néo-zélandais approuveraient la politique gouvernementale actuelle et la côte de popularité de Jacinda Ardern s’élève à 60%. Une très bonne position à l’approche des élections législatives le 17 octobre prochain.

Ces chiffres montrent également la faible politisation du débat autour de la gestion de l’épidémie de coronavirus en Nouvelle-Zélande. Le gouvernement de Jacinda Ardern a en effet été très peu critiqué par ses adversaires politiques sur les mesures prises, sur sa façon de contenir l’épidémie et de relancer l’économie.

Toutefois, cette gestion néo-zélandaise de la crise se personnifie et se confond parfois avec la figure de Jacinda Ardern. Selon Jennifer Lees-Marshment, « après ces trois années au pouvoir, elle bénéficie d’une image pratiquement parfaite. À la fois proche des gens et compétente ».

Le symbole Ardern est en effet particulièrement fort et apprécié, en Nouvelle-Zélande et à l’international. Née dans une petite ville à majorité maorie à 300 km au sud-ouest d’Auckland, Jacinda Ardern a grandi dans un milieu assez modeste avec un père policier et une mère cantinière. Diplômée de communication, elle entre en politique pleine de bonnes intentions, « non pas pour être mais pour faire ».

C’est toutefois au début de son mandat de Première ministre que Jacinda Ardern prend la stature dont elle dispose aujourd’hui. À l’international, elle est déjà un symbole féministe : au début de son mandat, elle est en effet la deuxième femme de gouvernement à donner naissance à son enfant pendant l’exercice de ses fonctions. En Nouvelle-Zélande, elle se distingue des aures figures politiques lors des attentats de Christchurch. Le 15 mars 2019, le suprémaciste blanc Brenton Tarrant entre dans deux mosquées de la ville et fait 51 morts et 49 blessés. À la suite de cette attaque, Jacinda Ardern a ainsi su montrer une émotion honnête auprès des familles des victimes, tout en lançant un travail législatif. Elle a ainsi renforcé le contrôle sur les armes à feu et engager un travail pour lutter contre « le racisme, la violence et l’extrémisme en ligne ».

Ces prises de position ainsi que la gestion du coronavirus que Jacinda Ardern a impulsée l’ont ainsi hissée au rang de symbole à l’international et l’ont rendue particulièrement populaire dans son propre pays.

Toutefois, il est important de nuancer cette position au regard de la situation épidémique des autres pays dans le monde. Le caractère insulaire de la Nouvelle-Zélande rend la gestion de la pandémie bien différente sur ce territoire. Sur une île, les seuils d’alerte de propagation du virus sont en effet beaucoup plus bas. Il est crucial de garder le contrôle des chaînes de contamination, ce qui est parfois impossible dans d’autres pays continentaux.

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