Cette semaine, dans la série « Le coronavirus par pays », nous partons dans la cité-État de Singapour. Après avoir s’être érigé en modèle de gestion de l’épidémie pendant une première vague, la cité-État a été confrontée en avril à une deuxième vague, plus virulente. Néanmoins, le pays se distingue par une maîtrise épidémique globale mais craint désormais pour son avenir économique. Pour cet article, Un autre angle a interviewé une habitante de Singapour et ancienne étudiante en échange à Sciences Po Paris, Alysha Chandra.

[ENGLISH VERSION BELOW]

Carte du monde situant Singapour (point rouge)

Cette interview a été éditée et traduite pour des raisons de clarté et de concision. L’ensemble des propos suivants sont fidèles aux réponses non éditées.

Un autre angle : Tu étais étudiante en échange à Sciences Po au semestre dernier. Quand as-tu décidé de revenir à Singapour ? Comment cela s’est-il passé ? As-tu dû observer une période d’isolement à ton arrivée ?

Alysha : Les universités ont fermé aux alentours du 15 mars en France. A ce moment-là, je n’étais pas obligé de revenir à Singapour, mais comme la France commençait son confinement, mon université a suggéré que nous revenions si nous le voulions. La plupart de mes camarades et moi avons décidé de rentrer. À mon retour, j’ai dû rester chez moi pendant deux semaines. C’était un ordre légal.

Un autre angle : Pour retracer l’évolution de la pandémie à Singapour, y a-t-il eu beaucoup de cas, ou plusieurs vagues ?

Bilans croisés de l’évolution de la COVID-19 à Singapour et en France

Alysha : Je pense que les premiers cas sont venus de Chine, simplement parce que nous sommes géographiquement plus proches de ce pays. [NDLR : Les premiers cas de coronavirus ont été détectés le 25 janvier à Singapour.] Au début, l’épidémie n’était pas si étendue et le gouvernement maîtrisait la situation, grâce à l’utilisation très fréquente d’une méthode de suivi des contacts et des interactions. Bien qu’il y ait eu une certaine transmission communautaire, elle n’était pas très importante. Il n’y a pas eu de confinement et tout le monde disait que le gouvernement faisait un excellent travail dans la lutte contre le coronavirus.
Peu après, à la mi-mars, beaucoup de Singapouriens revenaient d’Europe et des États-Unis. Cela a provoqué une deuxième vague d’infections. Le gouvernement a essayé de la contrôler en faisant en sorte que tous ceux qui revenaient d’outre-mer s’auto-isolent.
L’épidémie s’est également propagée avec la situation des travailleurs migrants. Singapour compte beaucoup de travailleurs migrants, principalement employés dans le secteur de la construction et beaucoup d’entre eux viennent de pays plus pauvres comme le Bangladesh, la Chine et l’Inde. Ils sont très nombreux, certains disent qu’il représente un cinquième de la population de Singapour [NDLR : Il est estimé que la population de Singapour compte 200 000 travailleurs migrants et 1,7 million d’étrangers.] Le système est conçu de telle sorte que ces travailleurs ne font pas vraiment partie de la société de Singapour. Il y a très peu de chances qu’ils accèdent à la citoyenneté et beaucoup d’entre eux ne sont ici que pour quelques années. Beaucoup d’entre eux vivent dans des dortoirs. Là, ils ont leur propre petite société, leurs propres magasins ou restaurants. Il y a beaucoup de promiscuité physique : les dortoirs sont remplis de travailleurs dans de petites chambres, avec des salles de bain communes. Il n’est pas vraiment possible d’y respecter la distance sociale. Cette situation a rendu très facile la transmission du virus dans les dortoirs.
Aujourd’hui, la grande majorité des cas de Singapour se retrouve dans la communauté des travailleurs migrants. Nous avons actuellement plus de 42 000 cas et une grande majorité d’entre eux sont des travailleurs migrants.

Évolution du nombre de cas à Singapour du 24 mars 2020 au 12 juin 2020 (SOURCE : HUFFINGTON POST)

Un autre angle : Les structures de soins de santé sont très importantes pour chaque pays en ce moment. Comment cela fonctionne-t-il à Singapour ? Les hôpitaux ont-ils pu gérer l’arrivée de nouveaux patients ?

Alysha : Je pense que oui. Le taux de mortalité est vraiment faible, il n’y a eu que 26 décès jusqu’à présent, sur plus de 42 000 cas. Les hôpitaux ont très rapidement mis en place des installations secondaires pour les personnes qui viennent de guérir mais qui sont encore positives au virus. Ces nouvelles structures soulagent beaucoup les hôpitaux.

LE POINT SUR L’HISTOIRE ÉPIDÉMIQUE DE SINGAPOUR – En 2003, Singapour avait déjà été confrontée à l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère, ou SRAS. Le pays avait enregistré 224 contaminations et 24 décès. Depuis, les autorités ont mis en place un système particulièrement efficace de lutte contre les épidémies. Les infrastructures médicales ont été renforcées, un centre des maladies infectieuses a été créé et un protocole précis est suivi lors de la détection de nouveaux cas épidémiques. Ce système est soutenu par une bureaucratie particulièrement efficace dans le traçage des contacts de personnes infectées.

Un autre angle : Dans de nombreux pays, des mesures de confinement ont également été prises pendant la pandémie. Quelles mesures concrètes ont été prises à Singapour pour lutter contre l’épidémie ?

Alysha : Le gouvernement a d’abord mis en place le ‘circuit-breaker’ (je pense qu’ils ne voulaient pas appeler cela un confinement, pour que cela paraisse moins effrayant). Le ‘circuit-breaker’ a commencé le 7 avril et s’est poursuivi jusqu’au 4 mai. Il s’agissait plutôt d’un confinement partiel. Les écoles étaient fermées, la plupart des gens qui pouvaient faire du télétravail ont été encouragés à le faire et les espaces publics étaient soumis à des règles très strictes. Beaucoup de gens ont été arrêtés pour avoir bu à l’extérieur de restaurants par exemple.
À partir du 4 mai, le gouvernement a dit que nous devions désormais sortir de l’épidémie par étapes. Nous avons eu la phase 1 qui a duré du 4 mai jusqu’au 19 juin. La phase 1 ressemblait beaucoup au ‘circuit-breaker’. Certaines personnes ont alors pu retourner au travail et les enfants sont revenus à l’école par petits groupes.
Puis, à partir du 19 juin, nous sommes passés à la phase 2. Maintenant, nous pouvons aller au restaurant, mais nous devons garder nos masques autant que possible. La plupart des enfants sont également retournés à l’école. Néanmoins, les gens sont encore encouragés à travailler à la maison lorsque c’est possible.

Un autre angle : Globalement, dirais-tu que les gens ont respecté les mesures de lutte contre l’épidémie ?

Alysha : Je dirais que la grande majorité l’a fait. Le gouvernement a mobilisé des « ambassadeurs de la distanciation sociale » qui se promenaient dans les quartiers pour s’assurer que les gens portaient leur masque et des choses comme ça. Au début, c’était assez controversé. Il y avait quelques vidéos semi-virales d’eux s’adressant des personnes âgées sans masque, d’une manière peu respectueuse. Beaucoup de vidéos montraient aussi ces « ambassadeurs de la distanciation sociale » criant sur des personnes appartenant à des minorités pour qu’ils mettent leurs masques par exemple. Je pense que beaucoup de gens craignaient que cette mesure ne crée le sentiment d’une police omniprésente, ou même de profilage racial.

Les rues de Singapour début avril avant la mise en place du confinement partiel (SOURCE : AFP / ROSLAN RAHMAN)

Un autre angle : Quand quelqu’un ne respecte pas les mesures telles que le port d’un masque ou le respect de la distance sociale, y a-t-il des sanctions prises contre ces personnes ?

Alysha : Le gouvernement a mis en place des nouvelles lois temporaires spécifiquement pour le coronavirus. Les accusations ont été portées en vertu des « COVID-19 Temporary Measures Control Order Regulations ». La plupart du temps, les gens se voient infliger des amendes pour ne pas avoir respecté la distance sociale ou pour avoir invité des gens chez eux.

Un autre angle : Une partie de la lutte contre l’épidémie à Singapour a également été menée par les ressources numériques. Le gouvernement a mis en place une application appelée TraceTogether, peux-tu nous expliquer comment elle fonctionne ?

Alysha : C’est une application Bluetooth, qui ne suit pas votre localisation, même si je ne sais pas vraiment si c’est le cas ou non. Nous sommes censés la garder allumée et lorsque notre téléphone est proche de celui des autres, l’application l’enregistre. Si nous sommes diagnostiqués du COVID-19 plus tard, nous donnons les données de l’application aux autorités, qui retracent nos contacts et interactions pendant la période de contagion. [NDLR : L’application identifie avec quelle personne l’usager infecté a passé plus de 30 minutes à moins de 2 mètres de distance.]
Le problème est que l’application doit être ouverte constamment et qu’elle ne fonctionne pas vraiment sur les iPhones. [NDLR : L’application Tracetogether a seulement été téléchargée âr 1,5 million de personnes] Le gouvernement a donc proposé une sorte de porte-clés avec la même fonction Bluetooth. C’était très impopulaire, et beaucoup de gens ont pensé que ce serait un énorme gaspillage d’argent. C’était aussi un peu effrayant, mais je pense que le gouvernement en a lancé la production. Je ne sais pas encore comment ils vont les rendre obligatoires.
Outre l’application TraceTogether, il existe aussi SafeEntry. C’est une application que nous utilisons pour tout (payer des impôts par exemple). Sur cette application, on peut ouvrir notre caméra pour scanner un QRCode. En ce moment, nous devons en scanner un avant et après l’entrée de chaque bâtiment.

Un autre angle : J’aimerais aussi parler du futur impact de la pandémie sur Singapour, sur le plan économique d’abord. Le gouvernement craint une grave récession de l’ordre de 4 à 7% du PIB et il a déjà annoncé trois plans pour relancer l’économie. En as-tu entendu parler et sais-tu en quoi ils consistent ?

Alysha : Ils ont annoncé un tas de mesures. La seule qui m’a vraiment concernée est que le gouvernement a donné 600 dollars singapouriens (380 euros) à chaque adulte de plus de 21 ans. Ensuite, pour les chômeurs, les personnes travaillant dans des secteurs spécifiques ou les personnes qui ont plusieurs enfants, les aides financières augmentent. Il y a également eu des réductions d’impôts pour certaines entreprises et certains propriétaires. Récemment, un appel a été lancé au gouvernement pour qu’il suspende les loyers, au moins pour les logements qui lui appartiennent. En fait, 80 % des Singapouriens vivent dans des logements publics, l’État est le plus grand propriétaire immobilier à Singapour. Ils ont donc le pouvoir de baisser les loyers.
Deux autres domaines de préoccupation sont l’industrie alimentaire, ainsi que le domaine artistique. Pour les restaurants, je ne suis pas très sûre que les mesures économiques vont beaucoup les aider. Il y a eu un allégement des loyers pendant un certain temps, mais je ne sais pas combien de temps cela va continuer. Je sais aussi que plusieurs restaurants ont dû mettre la clé sous la porte. Pour les arts, je sais que quelques fonds ont été mis en place. Mais je pense que la manière dont ces fonds sont distribués est également discutable.

Un autre angle : Sur le plan politique, le Parlement a été dissous ce mardi afin de préparer de nouvelles élections, qui auront lieu le 10 juillet. Le Premier ministre a également annoncé qu’il démissionnerait après ces élections. Tout d’abord, penses-tu que la situation sanitaire actuelle de Singapour permette aux élections d’avoir lieu ?

Alysha : Honnêtement, oui. Si nous pouvons aller au restaurant ou prendre les transports publics qui sont bondés, alors nous pouvons nous tenir dans une ligne avec de la distance et toucher des objets désinfectés pour voter. Mais c’est vrai qu’il y a toujours un risque, surtout pour les personnes au système immunitaire fragile.

LE POINT SUR L’ORGANISATION POLITIQUE DE SINGAPOUR – À Singapour, la vie politique s’organise autour du parti dominant, le Parti d’action populaire (PAP) et le parti d’opposition, le Parti démocratique de Singapour. Le PAP est au pouvoir depuis l’indépendance de la cité-État en 1965. L’actuel Premier Ministre, Lee Hsien Loong fait partie de la même famille que le fondateur de Singapour, Lee Kuan Yew. Toutefois, les élections se tiennent une fois tous les cinq ans. En préparation de celles-ci, il est obligatoire pour le gouvernement de dissoudre le Parlement.

Le Premier Ministre de Singapour Lee Hsien Loong en visite en Chine en 2016 (SOURCE : REUTERS / Etienne Oliveau)

Un autre angle : Quels sont les enjeux de cette élection par rapport au contexte politique de Singapour ?

Alysha : Je suis assez pessimiste à ce sujet. Le gouvernement parle depuis un certain temps déjà de son intention d’organiser des élections. Peut-être que cela a été en partie motivé par les bons résultats obtenus par Singapour et le gouvernement au début de la pandémie. Mais cela s’est retourné contre eux maintenant que les chiffres sont si élevés. Toutefois, il y a beaucoup de gens qui sont très heureux de la façon dont le gouvernement a géré le coronavirus.
De manière réaliste, je ne pense pas qu’il y aura un changement, car le parti dominant va probablement encore obtenir une majorité lors de cette élection. Le parti dominant est au pouvoir depuis que Singapour est indépendant et il le sera toujours. Actuellement, sur 88 sièges au Parlement, seuls 6 sièges appartiennent au parti d’opposition et c’est comme ça depuis un certain temps.
Avant de déclencher les élections ces trois dernières semaines, les ministres du parti dominant ont fait des discours à la télévision nationale chaque semaine sur la façon dont Singapour va gérer son rôle dans le monde post-coronavirus. Beaucoup de gens critiquent cela et disent qu’il s’agit de discours électoraux. Tout le monde savait que les élections allaient avoir lieu depuis des mois, avant même l’apparition du virus. Il est donc vraiment injuste que le parti dominant puisse utiliser sa position pour faire ce qu’on appellerait une campagne électorale si les autres partis le faisaient.

Un autre angle : Le parti d’opposition a-t-il aussi le droit de s’exprimer, à la télévision nationale par exemple ?

Alysha : Oui, mais maintenant que la campagne a officiellement commencé, s’ils s’exprimaient, ce serait un peu controversé. En ce moment, certaines personnes s’inquiètent parce qu’à Singapour, les meetings de l’opposition sont toujours très importants. Il y a toujours une énorme participation, c’est comme une tradition d’y aller… mais il n’y a pas beaucoup de votes pour le parti d’opposition cependant.

ENGLISH VERSION

[CORONAVIRUS COUNTRY BY COUNTRY #4] In Singapore, a controlled outbreak in spite of uncertain economic consequences

This week, in the « Coronavirus country by country » series, we go to Singapore. After rising up as a model for managing the epidemic during a first wave, the city-state was confronted in April with a second, more virulent wave. Nevertheless, the country has distinguished by its overall epidemic control but now fears for its economic future. For this article, Un autre angle interviewed Alysha Chandra, a Singaporean resident and former exchange student at Sciences Po Paris.

Map world placing Singapore (red spot)

This interview has been edited for reasons of clarity and conciseness. All of the following statements remain faithful to the answers before editing.

Un autre angle: You were an exchange student in Sciences Po last semester. When did you decide to come back to Singapore? How did that go? Did you have to observe a period of isolation when you arrived?

Alysha: I think it was around March 15th when schools closed in France. At that time, it wasn’t required for me to go back but since France was going into lockdown, my school suggested that we came back if we wanted to. Most of my classmates and I decided to come back. When I returned, I had to stay at home for two weeks. It was like a legal order.

Un autre angle: Just to do a little history of the pandemic, have there been many cases in Singapore or several waves?

Alysha: I think the first few cases were from China, just because we are geographically closer to that country. [Note: The first coronavirus cases were detected January 25th in Singapore.] The outbreak at first was not that bad and the government had a hold on it through a lot of contact tracing. While there was some community transmission, it wasn’t very significant. There was no shutdown, and everyone was going around saying that the government was doing a great job handling the coronavirus.
Pretty soon after that, in mid-March, a lot of Singaporeans were returning from Europe and the United States. That brought up a second wave of infections. Then, the government tried to control it by making everyone who returned from overseas self-isolating.
It also got worse with the migrant workers situation. Actually, Singapore has a lot of migrant workers who mainly do construction and a lot of them come from poorer countries such as Bangladesh, China, India. They are a very significant number, some say it measures at 1/5th of Singapore’s population [Note: it is estimated that there are 200 000 migrant workers and 1.7 million foreigners in Singapore’s population]. The system is built in a way that those workers are not really a part of Singapore’s society. There’s very little chance of them walking up to a citizenship and a lot of them are only here for a few years. They are quite segregated from the rest of society. A lot of them live in dormitories. There, they have their own little society: they have their own stores or restaurants. There is a lot of physical promiscuity: the dormitories fill out with a lot of workers in small rooms, with shared bathrooms. It is not really possible to respect social distancing there. This situation made it very easy for the virus to transmit within the dormitories.
Now, a vast majority of Singapore’s cases are in the migrant worker community. We currently have more than 42,000 cases and a large majority of them are migrant workers. Every day, the government transmits the numbers through a WhatsApp group. It is generally 200-300 cases of migrant workers getting the virus every day. The government separates the cases between the migrant workers and the cases in the communities. Those communities include Singaporeans, other residents who are not Singaporeans and some migrant workers who don’t live in dormitories (but those are much fewer).

Evolution of the number of cases in Singapore from March 24th 2020 to June 12th 2020 (SOURCE : THE HUFFINGTON POST)

Un autre angle: Health care’s structures are very important right now for every country. How does that work in Singapore? Have the hospitals been able to handle the arrival of new patients?

Alysha: I think so. The death rate is really low, there has only been 26 fatalities so far, out of more than 42,000 cases. I don’t really know the reason for that, but the hospitals have not been overwhelmed. They very quickly built up secondary facilities for people who have just recovered but who are still testing positive for the virus. Those new structures take a lot of load off the hospitals.

UPDATE ON SINGAPORE’S EPIDEMIC HISTORY – In 2003, Singapore faced an outbreak of Severe Acute Respiratory Syndrome, or SARS. The country had recorded 224 infections and 24 deaths. Since then, the authorities have put in place a particularly effective epidemic control system. Medical infrastructure has been strengthened, an infectious diseases centre has been established and a precise protocol is followed when new epidemic cases are detected. This system is supported by a particularly efficient bureaucracy.

Un autre angle: In many countries, there were also measures of confinement through the pandemic. What concrete measures were taken in Singapore to fight the outbreak?

Alysha: The government first implemented the ‘circuit-breaker’ (I think they didn’t want to call it a lockdown, to make it sound less scary). It started around April 7th until May 4th. It more of a partial lockdown. Schools were closed, most people who could had to work from home and there were very strict rules in public spaces. A lot of people got arrested for drinking outside of restaurants for example.
That was until May 4th, then the government said we had to emerge from the outbreak in phases. We had phase 1 which lasted from May 4th until a week or two ago. Phase 1 was pretty much like the ‘circuit-breaker’. I guess a few more people could return to work and schools separated the days when kids could come back.
Then, a week or two ago, we moved to phase 2. Now we can go to restaurants, but we have to keep our masks on as much as possible. Most kids are also back to school. Still, people are encouraged to work from home when possible.

Un autre angle: Globally, would say people respected the measures?

Alysha: I would say that the vast majority did. The government called “Social Distancing Ambassadors” who walked around neighborhoods to make sure people had their mask on and things like that. At the beginning, that was quite controversial. There were a few semi-viral videos of them confronting elderly people without masks in a not very respectful way. A lot of videos also showed those “Social Distancing Ambassadors” yelling at people who are minorities, to put on their masks and things like that. I think a lot of people were concerned that this measure would create a sense of community policing, or even racial profiling.

Singapore’s streets in early April before the implementation of the partial lockdown (SOURCE : AFP / ROSLAN RAHMAN)

Un autre angle: When someone didn’t respect the measures such as wear a mask or respect social distancing, where there any sanctions taken against those people?

Alysha: The government implemented new and temporary laws specifically for the coronavirus. The charges were under this law called the COVID-19 Temporary Measures Control Order Regulations.
Mostly, people get fined for not respecting social distancing or inviting people over to their house. There were also people who got back from foreign countries who were fined: they were put in hotels and some of them left the hotel or invited people in. There are people who got fined for being prostitutes, for all sorts of things.

Un autre angle: Part of the fight against the epidemic in Singapore was also digital resources. The government implemented an app called TraceTogether, could you explain how it works?

Alysha: Supposedly, it is a Bluetooth app, so it does not track your location, even though I don’t really know if it does or not. You are supposed to keep it on and when your phone is close to others, the app registers which phones are near. If you are diagnosed with COVID-19 later on, you can give your app and the authorities could then request your app’s data and the data from the other phones that were connected to yours during your infectious period. [Note: The app identifies with whom the infected user spent more than 30 minutes at less than two meters]
The problem is that you have to run it constantly and it does not really work on iPhones. [Note : The app TraceTogether was only downloaded by 1.5 million people.] So, the government proposed a kind of key chain token that has the same Bluetooth function. That was very unpopular, and many people thought it would be a huge waste of money. It was also a bit creepy, but I think they are currently producing them. I don’t know how they are going to make them mandatory.
Besides the TraceTogether app, there is also SafeEntry. It is an app which we use for everything (paying taxes for example). On this app, you can open your camera to scan a QRCode. Right now, we have to scan it before and after we enter every building, as there is a security guard at the entry.

Un autre angle: I would like to talk also about the future impact of the pandemic on Singapore, on the economic field first. The government fears a severe recession and it has already announced three plans to re-boost the economy. Did you hear about them and do you know what they consist in?

Alysha: They announced a bunch of measures. The only one that really impacted me is that the government gave 600 Singaporean dollars (380 euros) to every adult above 21. Then, for people who are unemployed, people from specific sectors or people who have several kids, the financial aids are progressive. There were also tax cuts for certain businesses and landlords. Recently, there has been a call recently for the government to wave rents, for government’s proprieties at least. In fact, 80% of Singaporeans live in government housing, the State is the biggest landlord in Singapore. So they do have the power to wave the rent.
Two other areas of concern are the food and beverage industry, and also the arts industry. For restaurants, I’m not super sure if the economic measures are going to help them very much. There was some relief on rent for a while, but I don’t know how long that will continue. I also know that quite a few restaurants have had to shut down. For arts, I know there have been a few funds set up. But I think that the way they distribute those funds is also debatable.

Un autre angle: On the political level, this Tuesday the Parliament was dissolved in order to prepare for new elections, that will take place on July 10th. The Prime Minister also said that he would resign after this election. First, do you think that the health and sanitary situation in Singapore can allow such elections to take place right now?

Alysha: Honestly yes. If we can go to a restaurant or take public transport which is crowded, then we can stand in a socially distanced line and touch all the disinfected objects to place our vote. But there’s always a risk.

UPDATE ON SINGAPORE’S POLITICAL ORGANIZATION – In Singapore, political life is organized around the dominant party, the People’s Action Party (PAP), and the opposition party, the Democratic Party of Singapore. The PAP has been in power since the independence of the city-state in 1965. The current Prime Minister, Lee Hsien Loong is from the same family as Singapore’s founder, Lee Kuan Yew. Elections are held once every five years. In preparation for elections, it is mandatory for the government to dissolve Parliament.

Singapore’s Prime Minister Lee Hsien Loong on a State visit in China in 2016 (SOURCE : REUTERS / Etienne Oliveau)

Un autre angle: What are the stakes of this election in relation to Singapore’s political context?

I feel like I am quite pessimistic about it. The government has been talking about their intention to call the election for a while now. Maybe some of that was motivated by how well Singapore and the government was doing in the beginning of the pandemic. But that backfired now that the numbers are so high. But they are plenty of people who are very happy about the way the government has handled the coronavirus. When it comes to non-migrant workers, it’s not so bad and a lot of Singaporeans don’t really consider migrant workers as people, so they don’t really think about the huge cost of so many of them getting sick.
Realistically, I don’t really feel like there will be any change because the dominant party right now is probably going to get a majority in this election as well. The dominant party has been in power since Singapore is independent and they will always be the dominant party. Right now, out of 88 seats in the Parliament, only 6 seats belong to the opposition party and it has been like that for a while now. So, when the dominant party has been dominant for so long, they just build up such a reputation. It is hard to get rid of them and they control so many resources. Before they called the election for the last three weeks, ministers from the dominant party made speeches on national television every week about how Singapore is going to manage their role in the post-pandemic world. A lot of people criticize that and say that it is basically election speeches. Everyone knew that the election was coming for months before the virus, even. So, it’s really unfair that the dominant party gets to use their position to do something that would be called campaigning if other parties did it.

Un autre angle: Does the opposition party to express itself, on national television for example?

Alysha: They do but now that the campaign has officially started, if they expressed themselves, it would be kind of controversial. Right now, some people were concerned because in Singapore, opposition rallies are always a huge thing. There is always a huge turnout as those, it’s like a tradition to go to them… but there are not so many votes for the opposition party though.

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