Après la finale de la Coupe du monde féminine de football Etats-Unis-Pays-Bas (2-0) à Lyon dimanche après-midi, l’heure est au bilan du côté du football féminin.

Entre satisfaction d’une visibilité accrue et espoirs d’une popularisation de la pratique, cette Coupe du monde aura été placée sous le symbole d’un engagement des joueuses sur tous les terrains : politique, sociétal et sportif. 

Un enjeu où chacun était attendu au tournant : la place des femmes dans le sport

Tout a commencé pendant la Coupe du monde de football masculine de 2018. Quelques voix s’élèvent pour mettre en lumière la prochaine version féminine de l’événement, s’inquiétant d’une médiatisation trop faible. Chacun saisit l’enjeu assez vite : les grandes chaînes de télévision s’assurent les droits de diffusion des matchs, des campagnes publicitaires sont lancées.  Et à l’arrivée, les chiffres sont au rendez-vous. Le record d’audience est comptabilisé lors du huitième de finale Brésil-France avec 12 millions de téléspectateurs. 

Néanmoins, il reste du chemin à parcourir jusqu’à l’égalité complète. Si l’engouement populaire s’est ressenti dans plusieurs pays européens comme la France, l’Angleterre ou l’Italie, les audiences restent trois fois moins élevées que pour la Coupe du monde masculine.

En amont de la compétition, les joueuses ont donné un ton engagé à cette Coupe du monde qui, pour la sociologue Béatrice Barbusse, “restera comme féministe”. La première à dénoncer les inégalités de genre persistantes dans le football est le ballon d’or norvégien Ada Hegerberg. Elle annonce qu’elle ne fera pas partie de la sélection nationale car elle juge insuffisants les investissements de la part de la fédération norvégienne. Malgré un alignement des salaires des joueuses sur ceux de leurs homologues masculins, Ada Hegerberg maintient que “la base de la base, c’est dans les attitudes, le respect pour les filles qui jouent au foot. Si cette base de respect existe, il y aura plus de moyens, d’installations, d’investissements”. 

Cet engagement clair et frontal se poursuit tout au long de la compétition et est porté par l’engouement populaire autour des Bleues et autres équipes nationales. Dimanche en fin d’après-midi, on entend même les spectateurs du Parc OL où se tenait la finale scander le slogan “Equal Pay”, sous l’impulsion des championnes du monde, encore une fois américaines. Une formule résumant le mot d’ordre de ces quatre semaines de tournoi : l’égalité, pour les salaires, les infrastructures, les investissements mais avant tout, le respect.

Megan Rapinoe, une “icône” visible et fière qui tient tête à Donald Trump

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Les talents sur le terrain de Megan Rapinoe l’ont menée au poste de capitaine de l’équipe américaine et lui permettent désormais de mener son combat contre la politique de Donald Trump envers les minorités avec davantage d’influence. Elle a ainsi manifesté son opposition à un président qu’elle considère raciste et sexiste, par des actes et déclarations médiatisés. Après avoir refusé de chanter l’hymne national pendant la Coupe du monde, elle a déclaré qu’elle ne se rendrait pas à la Maison Blanche en cas de victoire lors de la finale.

Ouvertement homosexuelle, Megan Rapinoe, meilleure joueuse et meilleure buteuse de la Coupe du monde 2019, contribue également à l’accroissement de la visibilité LGBT+. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Au total, ce sont 38 joueuses et deux entraîneuses ouvertement lesbiennes ou bisexuelles qui ont participé à cette Coupe du monde. Si la présence de joueuses LGBT+ ne s’est pas nécéssairement voulue militante, leur visibilité donne une dimension inclusive au football féminin, contrairement à sa version masculine. Lindsay England, fondatrice de Just A Ball Game qui lutte contre l’homophobie dans le football, le souligne ainsi : « Le football masculin n’arrive pas à être inclusif et à soutenir quiconque s’identifie comme gay, bi ou trans’. Le football féminin accepte beaucoup plus les joueuses lesbiennes et bisexuelles ».

Désormais, l’enjeu pour les joueuses mais aussi pour la FIFA est la nouvelle place donné au football féminin auprès du public. Ainsi, les droits de diffusion pour les matchs de qualification à l’Euro 2021 ont déjà été achetés par M6 et le groupe Arkema a investi 1 million d’euros pour donner son nom à la D1 pendant trois ans. Un nombre important de nouvelles licenciées dans les clubs est à prévoir mais les limites des infrastructures vont probablement limiter la popularisation de la discipline. Selon Megan Rapinoe, “il est temps de vraiment s’asseoir pour se mettre au boulot et passer à l’étape supérieure. […] Toutes les joueuses durant ce Mondial ont produit le spectacle le plus incroyable. On ne peut rien faire de plus. Notre équipe a par exemple la volonté de changer le monde. Tout le monde est prêt pour que nous ayons l’égalité salariale. Il faut savoir maintenant comment on peut soutenir les fédérations et soutenir les championnats à travers le monde.”

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