Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est élu Président de la République française à 66,10% des suffrages exprimés. Contre toute attente, ce novice de la politique a réussi à se hisser à la plus haute fonction de l’État et ce, en renversant l’ordre politique traditionnel. Le Parti Socialiste et Les Républicains ressortent de cette campagne présidentielle totalement déstabilisés. Les extrêmes, quant à eux, en sont renforcés. Le Front National est parvenu au second tour et la France Insoumise a recueilli presque 20% des voix au premier tour. Un an plus tard, le paysage politique français a-t-il été « révolutionné », à l’image du titre du livre-programme d’Emmanuel Macron, Révolution ?

La République En Marche et ses députés, une simple caisse d’enregistrement ?

Après les élections législatives de juin 2017, 314 députés issus de la formation La République En Marche (LREM) sont élus. Pour la plupart, ils sont novices en politique. Pendant les premiers mois du quinquennat, Richard Ferrand, le président du groupe LREM, ne voit aucune tête dépasser du groupe, comme il l’avait explicitement demandé. Les députés votent les lois proposées par le gouvernement en suivant les instructions de leur président de groupe. Néanmoins, le 22 avril dernier, le vote de la loi Asile et Immigration montre un autre visage de la majorité présidentielle. Le projet divise les députés LREM. Lors du vote, un élu vote contre la loi et 17 s’abstiennent. Néanmoins, certains ont choisi un acte de résistance plus discret : être absent. 99 députés du groupe ont choisi cette stratégie. Une partie de la majorité exprime alors son scepticisme et montre son refus d’être considérée comme une simple caisse d’enregistrement.

Le groupe LREM reste toutefois un soutien de taille du gouvernement d’Édouard Philippe, même après ce vote. Cependant, certains clivages voient néanmoins le jour parmi les députés de la majorité. Si la plupart d’entre eux partagent les idées économiques d’Emmanuel Macron, les divisions sont plus nettes sur les questions sociales. En effet, le fondateur d’En Marche ! a constitué sa base électorale et son groupe à l’Assemblée nationale sur la fin du clivage droite-gauche. Il avait alors pu rassembler des personnalités politiques et électeurs de différents courants, et notamment des anciens écologistes, socialistes ou LR. Après un an d’exercice du pouvoir et à l’approche du vote de mesures sociales comme la PMA, le danger pour la majorité parlementaire semble donc de retomber dans un clivage gauche-droite au sein même de son groupe.

FRANCE-POLITICS-LREMDu côté d’En Marche !, les défis sont tout autres. Depuis l’accession au pouvoir de son fondateur, le parti peine à exister face à un Président omniprésent et à un gouvernement multipliant les réformes. Les comités locaux qui avaient servi de base politique il y a un an sont aujourd’hui totalement dévitalisés. Sans aucun élu local, la politique du gouvernement est d’autant plus difficile à défendre au niveau local. À un an des élections européennes et à deux ans des élections municipales, il est donc urgent pour la formation d’exister médiatiquement mais aussi localement afin de se constituer son propre message. Pour y remédier, son délégué général Christophe Castaner a mis en place des comités politiques au niveau départemental afin de réorganiser le parti, ainsi que des instituts de formation pour faire émerger des candidats en mesure de se présenter aux élections locales. Bien qu’abandonné par Emmanuel Macron et affaibli politiquement, le mouvement LREM poursuit sa volonté et son objectif originel : rompre avec le conformisme politique et le clivage droite-gauche en renouvelant le paysage politique.

L’implosion des deux partis de gouvernement

Le 23 avril 2017, un fait inédit sous le régime de la Ve République se produit. Aucun des deux partis de gouvernement, la droite et la gauche traditionnelle, ne sont présents au second tour de l’élection présidentielle. Avec des scores de 20,01% et 6,36%, les deux formations ont été ébranlées respectivement par un scandale d’emploi fictif touchant son candidat et par deux lignes intérieures irréconciliables. Les Républicains (LR) et le Parti Socialiste (PS) sont alors au bord du gouffre et leur reconstruction apparaît comme une urgence.

e7f3c53babb203bdb53cbfba495767c9ccc3475fÀ droite, Laurent Wauquiez est élu président des Républicains le 10 décembre 2017. Il prend en charge la réunification de la droite modérée vidée de la moitié de son électorat partie chez Emmanuel Macron et éclatée entre des mouvements comme Agir, la France audacieuse ou l’UDI. En février 2018, Laurent Wauquiez apparaît néanmoins comme le diviseur de son propre camp après des propos tenus à l’EM Lyon. Il y avait critiqué vivement des membres de sa propre famille politique. Afin de tenter de sortir de cette position, le président des LR tente de siphonner l’électorat du Front National (FN) en empiétant sur des thématiques chères aux frontistes : remise en cause le droit du sol, instauration de la « castration chimique » pour les « prédateurs sexuels ». Laurent Wauquiez s’est présenté comme le défenseur des classes moyennes et populaires. Néanmoins, sa tentative d’incarner la force d’opposition majeure face à Emmanuel Macron n’aboutit pas. D’une part, cet espace médiatique est déjà occupé par le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon. D’autre part, le parti reste flou sur de nombreux sujets, sans véritable production idéologique à proposer.

le-premier-secretaire-du-ps-olivier-faure-le-5-avril-2018-a-paris.jpgÀ gauche, aucune personnalité ne parvient à émerger et le parti est inexistant médiatiquement. La majorité des cadres du PS ont rendu leur carte, certains pour former leur propre mouvement, à l’image de Benoît Hamon et de Génération.s. Le 8 avril, Olivier Faure, alors Président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée nationale, est investi en tant que premier secrétaire du PS. Récemment, il a multiplié les interventions médiatiques pour tenter d’incarner une alternative politique entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon pour les électeurs de gauche. Seulement, aujourd’hui, la ligne du parti reste floue. Olivier Faure n’a pas proposé de position officielle sur le bilan du quinquennat de François Hollande ainsi que sur de nombreuses thématiques majeures. Là encore, le travail de production idéologique n’a pas encore été débuté.

Jean-Luc Mélenchon, force d’opposition principale

7793277467_jean-luc-melenchon-lors-de-la-fete-a-macron-samedi-5-mai-2018Depuis sa défaite à l’élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon semble incarner la principale force d’opposition face à Emmanuel Macron. Le président du groupe de la France Insoumise à l’Assemblée nationale s’est fait entendre médiatiquement comme le leader de la lutte contre le « coup d’État social », défenseur des plus démunis et des plus pauvres, les principales victimes de la politique d’Emmanuel Macron selon lui. Il a su garder sa base électorale mobilisée lors de manifestations contre la Loi Travail, la réforme de la SNCF, la loi ORE ou lors de la « fête à Macron » le 6 mai dernier. Face à une absence médiatique des autres forces politiques, Jean-Luc Mélenchon a su s’imposer, avec l’aide de grandes personnalités de son mouvement. Des orateurs comme Adrien Quatennens, François Ruffin ou Éric Coquerel se sont faits remarqués dans le paysage médiatique, permettant aux idées de leur leader d’être diffusées plus largement. Néanmoins, la France Insoumise peut-elle apparaître comme un parti de gouvernement à une majorité des Français ? Il s’agit là du plus gros défi pour Jean-Luc Mélenchon.

Le désordre au Front National

7601988_570e194e-2515-11e8-ba4a-4f9f25501852-1_1000x625.jpgLà encore, le Front National a fait preuve d’un silence médiatique étonnant depuis sa défaite au second tour de l’élection présidentielle. Depuis un an, Marine Le Pen a dû faire face au départ de Florian Philippot et à la popularité croissante de sa nièce Marion-Maréchal Le Pen. L’ex-vice-président du Front National a ainsi créé son propre mouvement, Les Patriotes – toutefois rattaché au FN, tandis que Marion-Maréchal Le Pen a fait une apparition à la convention du Parti Républicain américain aux côtés de Donald Trump et de son vice-président Mike Pence.

Marine Le Pen a également tenté de réformer son parti, notamment par un changement de nom – Rassemblement national, qui sera soumis au vote des partisans. Néanmoins, cette absence médiatique n’aura sans doute pas les mêmes conséquences sur les frontistes que chez les militants des autres formations politiques. La base électorale de Marine Le Pen est traditionnellement particulièrement mobilisée et ce, même après des périodes d’absence médiatique. Cependant, des tensions partisanes internes et une perte d’électeurs au profit de Laurent Wauquiez pourraient fragiliser la présidente du FN.

Deux figures et forces se distinguent aujourd’hui dans le paysage politique français : le Président de la République Emmanuel Macron avec sa majorité parlementaire et Jean-Luc Mélenchon avec son mouvement La France Insoumise. Si le clivage droite-gauche n’est pas réapparu jusqu’ici, un nouveau clivage s’est formé : celui entre libéralisation et protection sociale. Les partis traditionnels doivent aujourd’hui s’adapter à cette nouvelle composante idéologique et à une nouvelle organisation du paysage politique français. Alors que le Président de la République actuel est le symbole de la lutte contre le conformisme, ils vont devoir composer avec le fonctionnement traditionnel de la Ve République, au sein de laquelle les partis politiques demeurent soumis au Président de la République et à sa fonction.

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